Journal · Cinéma

Comment reconnaître un film d’Hitchcock

Le suspense plutôt que la surprise, un objet que tout le monde poursuit et qui ne sert à rien, une blonde énigmatique et un réalisateur qui traverse le cadre : la grammaire du maître, en cinq indices.

12/10/2026 3 min de lecture
Comment reconnaître un film d’Hitchcock

Alfred Hitchcock a réalisé plus de cinquante longs métrages, en Angleterre puis à Hollywood, du cinéma muet des années 1920 jusqu’aux années 1970. Il est peut-être le cinéaste dont on reconnaît le plus vite la patte. Quelques minutes suffisent, à condition de savoir quoi chercher.

Premier indice : le suspense

Hitchcock l’a expliqué lui-même, avec une image restée célèbre. Deux personnages discutent autour d’une table, sous laquelle une bombe est cachée. Si elle explose sans prévenir, le spectateur a quinze secondes de surprise. Si on lui a montré la bombe, s’il sait qu’elle explosera à une heure précise et que les personnages l’ignorent, la même conversation banale devient insoutenable. Le spectateur vit alors quinze minutes de suspense.

Tout le cinéma d’Hitchcock repose sur ce principe : nous en savoir un peu plus que les personnages. C’est ce qui rend ses films si haletants, même quand on connaît déjà la fin.

Deuxième indice : le MacGuffin

Un document secret, une formule chimique, une somme d’argent, une bouteille de vin remplie d’uranium : dans les films d’Hitchcock, les personnages poursuivent souvent un objet dont, au fond, tout le monde se moque, à commencer par le réalisateur. Il l’appelait le MacGuffin. Son seul rôle est de mettre l’histoire en mouvement. Ce qui compte, ce sont les personnages et ce qu’ils vivent.

Troisième indice : l’homme ordinaire

Le héros hitchcockien est souvent un homme banal, publicitaire, photographe, professeur, pris dans une affaire qui le dépasse, accusé à tort, poursuivi par la police et par les vrais coupables à la fois. Cary Grant traversant les champs de maïs pourchassé par un avion dans La Mort aux trousses en reste l’image parfaite.

Quatrième indice : la blonde

Grace Kelly, Kim Novak, Tippi Hedren, Eva Marie Saint : les héroïnes d’Hitchcock sont souvent blondes, élégantes, distantes, mystérieuses. Il disait préférer les femmes dont le feu couve sous la glace, plutôt que celles qui montrent tout. Leurs tenues, souvent dessinées par la costumière Edith Head, ont marqué l’histoire de la mode autant que celle du cinéma.

Cinquième indice : l’apparition

Hitchcock apparaît furtivement dans la plupart de ses films : un passant qui rate un bus, un homme qui porte une contrebasse, un voyageur dans un train, une silhouette sur une photo de journal. Ces caméos sont devenus un jeu pour les spectateurs, et le réalisateur finit par les placer assez tôt dans le film pour qu’on cesse de les guetter et qu’on se concentre sur l’histoire.

En 1962, François Truffaut interroge Hitchcock pendant une semaine, film par film. Leurs entretiens, publiés en 1966, sont devenus l’un des livres de cinéma les plus lus au monde. On y découvre un réalisateur d’une précision maniaque, qui disait avoir le film entier en tête avant même le premier jour de tournage.

Par quoi commencer

  • Fenêtre sur cour (1954) : un photographe immobilisé, une cour d’immeuble, un meurtre peut-être. Le suspense à l’état pur.
  • La Main au collet (1955) : Cary Grant et Grace Kelly sur la Côte d’Azur. Le plus léger et le plus élégant.
  • Sueurs froides (1958) : le chef-d’œuvre, souvent classé parmi les plus grands films de l’histoire.
  • La Mort aux trousses (1959) : le film d’aventure parfait.
  • Psychose (1960) : à voir en connaissant le moins possible de l’histoire.
Le suspense, c’est savoir ce que le héros ignore.