Les règles éternelles du vestiaire masculin
Le dernier bouton, la longueur de la manche, la pointe de la cravate, la couleur des chaussures après six heures : un costume bien porté tient à une poignée de règles que les tailleurs répètent depuis plus d’un siècle.

Il suffit de regarder une photographie de Cary Grant, de Gianni Agnelli ou de Marcello Mastroianni pour comprendre que l’élégance masculine ne tient pas à la mode. Leurs costumes auraient pu être portés hier. Ce qui les rend intemporels, ce n’est ni le prix ni la marque, mais une série de détails que l’œil enregistre sans toujours savoir les nommer.
Ces détails ne s’inventent pas. Ils se transmettent, de tailleur en client, de père en fils, et ils n’ont presque pas changé depuis l’entre-deux-guerres.
La veste
Tout commence par les épaules. Une veste qui tombe juste à l’épaule est une veste qui peut être sauvée par une retouche. Une veste trop large ou trop étroite à cet endroit ne le sera jamais : c’est la seule partie que les retoucheurs ne savent pas vraiment corriger. Quand on achète un costume, on regarde donc d’abord les épaules, et seulement ensuite le reste.
Viennent ensuite les boutons. Sur une veste droite à deux boutons, on ferme celui du haut et jamais celui du bas. Sur une veste à trois boutons, on ferme celui du milieu, éventuellement celui du haut, jamais le dernier. On défait tout en s’asseyant, et l’on reboutonne en se levant, d’un geste machinal.
On attribue souvent la règle du dernier bouton au roi Édouard VII. Devenu trop corpulent, il aurait pris l’habitude de laisser le sien ouvert, et ses courtisans l’auraient imité par déférence. L’histoire est peut-être embellie, mais la règle, elle, a traversé plus d’un siècle.
La manche et le col
La manche de la veste s’arrête à l’os du poignet et laisse dépasser environ un centimètre de chemise. Pas davantage, et jamais moins : ce petit liseré blanc est l’un des signes les plus sûrs d’un homme bien habillé. Le col de la chemise, de son côté, dépasse légèrement au-dessus de celui de la veste, d’un ou deux centimètres, à l’arrière de la nuque.
La cravate
Sa pointe vient effleurer la boucle de la ceinture. Ni au-dessus, où elle fait un effet d’écolier, ni en dessous, où elle paraît négligée. Le nœud est serré, discret, centré sous le col, et l’on évite les nœuds trop volumineux qui écrasent le visage. Le petit creux juste sous le nœud, que les Italiens appellent la fossetta, est la signature des hommes qui nouent leur cravate avec soin.
Le pantalon
Il tombe sur la chaussure en formant une légère cassure, ou pas de cassure du tout pour une coupe plus moderne. Il ne s’accumule jamais en plis au-dessus du soulier. Les revers se portent sur les pantalons de costume plus classiques, de quatre centimètres environ, et jamais sur un pantalon de smoking.
Les chaussures
En ville et le soir, on porte des chaussures noires ou très foncées, en cuir lisse et parfaitement cirées. Les Britanniques ont une formule pour cela, no brown in town, longtemps respectée dans la City. Elle s’est assouplie, mais elle garde un fond de vérité : un costume sombre appelle un soulier sombre.
- La ceinture s’accorde à la couleur des chaussures.
- Les chaussettes sont assez hautes pour ne jamais laisser voir la jambe quand on s’assoit.
- Elles s’accordent au pantalon plutôt qu’aux chaussures.
- On entretient ses souliers : un cirage régulier vaut mieux qu’une paire neuve.
La pochette
Elle ne doit jamais être assortie à la cravate, dans le même tissu : c’est l’erreur la plus fréquente, et la plus visible. Elle se choisit dans une couleur qui fait écho à la chemise ou à la cravate, sans les répéter. Le pli le plus élégant reste le plus simple, le pli droit, qui laisse dépasser un liseré blanc au-dessus de la poche.
L’élégance, c’est quand on se souvient de la personne, pas de ses vêtements.
Aucune de ces règles n’est un dogme. Les hommes les plus élégants les connaissent toutes, et ne les enfreignent que lorsqu’ils savent exactement pourquoi. C’est cette liberté maîtrisée, et non l’obéissance, qui fait le style.