Journal · Cinéma

Les films à l’esthétique « old money »

Villas sur la Méditerranée, lin froissé, piscines turquoise et bals de palais : une sélection de films que l’on regarde autant pour leur lumière et leurs maisons que pour leur histoire.

02/10/2026 3 min de lecture
Les films à l’esthétique « old money »

Le terme a envahi les réseaux sociaux, au point d’en devenir un peu galvaudé. L’esthétique « old money » désigne pourtant une chose précise : l’élégance discrète des familles installées depuis longtemps dans l’aisance, qui n’ont rien à prouver. Pas de logos, peu de couleurs, des matières nobles, des maisons patinées par le temps. Le cinéma l’a filmée bien avant qu’elle ne porte un nom, et certains films en sont devenus de véritables manuels.

Plein Soleil, de René Clément (1960)

Alain Delon, la baie de Naples, des chemises blanches en coton portées col ouvert, un voilier, des déjeuners en terrasse. Tom Ripley, l’imposteur, apprend à vivre comme un héritier, et le film nous apprend avec lui. C’est sans doute la plus belle leçon d’élégance estivale du cinéma.

Le Guépard, de Luchino Visconti (1963)

La Sicile du XIXe siècle, une famille princière qui voit son monde disparaître, et un bal de près de quarante-cinq minutes qui reste l’une des scènes les plus somptueuses jamais tournées. Burt Lancaster, Claudia Cardinale, Alain Delon. Palme d’or au Festival de Cannes. On y apprend que la vraie aristocratie se reconnaît à la façon dont elle accepte de perdre.

Le Mépris, de Jean-Luc Godard (1963)

Capri, la villa Malaparte posée sur son rocher, la Méditerranée d’un bleu irréel, Brigitte Bardot en robe et peignoir, et la musique de Georges Delerue. Un film sur l’usure d’un couple, et sur le cinéma lui-même, dont chaque plan pourrait être encadré.

La Piscine, de Jacques Deray (1969)

Une villa près de Saint-Tropez, une piscine, Romy Schneider et Alain Delon en vacances, l’arrivée d’un ami et de sa fille, et la tension qui monte au fil des jours brûlants. Les tenues de Romy Schneider dans ce film sont citées depuis plus de cinquante ans par les créateurs.

La Main au collet, d’Alfred Hitchcock (1955)

Cary Grant en ancien cambrioleur retiré sur la Côte d’Azur, Grace Kelly en héritière américaine. Des routes en corniche, des hôtels de la Croisette, une robe de bal dorée et un pique-nique en cabriolet. Le plus léger et le plus élégant des films d’Hitchcock.

Le Talentueux Mr. Ripley, d’Anthony Minghella (1999)

La même histoire que Plein Soleil, quarante ans plus tard, avec Matt Damon, Jude Law et Gwyneth Paltrow. L’Italie de la fin des années 1950 y est rêvée jusque dans les moindres détails : polos en maille, mocassins, lunettes de soleil, Vespa et jazz dans les clubs de Rome.

Call Me by Your Name, de Luca Guadagnino (2017)

Un été de 1983 dans une villa du nord de l’Italie, une famille cultivée, des vélos, des abricots, des baignades dans les rivières et des conversations sur l’art. Une forme plus intellectuelle de l’esthétique « old money », où l’aisance passe par la culture plutôt que par l’argent.

Point commun de tous ces films : ils ont été tournés pour l’essentiel en décors naturels. Les villas, les palais et les criques existent vraiment, et plusieurs se visitent ou se louent aujourd’hui. C’est sans doute pour cela qu’ils paraissent si réels.

Ce qui les réunit

Des couleurs douces et naturelles, des vêtements portés plutôt qu’exhibés, des maisons qui ont une histoire, une lumière méditerranéenne, et cette impression d’aisance qui ne se force jamais. Aucun de ces films ne montre la richesse comme une fin en soi. Ils montrent une manière de vivre, et c’est pour cela qu’on y revient.

Le vrai luxe, à l’écran comme ailleurs, ne se montre jamais. Il se devine.