L’art de porter un parfum
Un parfum se remarque quand on s’approche, jamais quand on entre dans une pièce. Où le poser, combien de vaporisations, et pourquoi on s’en méfie à table.

On a tous croisé, dans un ascenseur ou une salle de restaurant, une personne dont le parfum entrait dans la pièce avant elle. Le sillage peut être magnifique, il en devient presque une agression. À l’inverse, il y a ce parfum que l’on ne perçoit qu’au moment de la bise, et dont on se souvient des années plus tard. Toute la différence tient en quelques gestes.
Où le poser
Le parfum se pose sur les points chauds, là où la peau, légèrement plus chaude, le diffuse lentement : la base du cou, l’arrière des oreilles, l’intérieur des poignets, le creux des coudes. On peut aussi en vaporiser un nuage devant soi et le traverser, ce qui répartit le parfum de façon plus légère sur les cheveux et les vêtements.
Un réflexe à perdre : frotter ses poignets l’un contre l’autre après avoir vaporisé. Le frottement chauffe la peau et brusque les notes de tête, les plus volatiles, qui s’évaporent plus vite. On laisse simplement sécher.
Combien
Une à deux vaporisations suffisent pour la journée, rarement plus. Le problème, c’est que notre nez s’habitue très vite à notre propre parfum : au bout de quelques minutes, on ne le sent plus du tout. Ce n’est pas parce qu’il a disparu, c’est parce que le cerveau a cessé de le signaler. La tentation de remettre une dose est alors forte, et c’est précisément là qu’on bascule dans l’excès.
Les concentrations
Un même parfum existe souvent en plusieurs concentrations, et la différence n’est pas qu’une question de prix.
- L’eau de Cologne, la plus légère, fraîche et éphémère.
- L’eau de toilette, plus légère et plus diffusante, idéale pour la journée.
- L’eau de parfum, plus concentrée, plus tenace, à doser avec retenue.
- L’extrait, le plus riche, qui se pose presque goutte à goutte.
À table
C’est la règle que les grands sommeliers et les chefs répètent sans relâche : on ne vient pas dîner dans un grand restaurant avec un parfum puissant. Le nez joue un rôle immense dans la dégustation, et un sillage trop présent couvre les arômes du vin et des plats, pour soi comme pour ses voisins. Pour un dîner, on choisit une fragrance légère, ou l’on s’abstient.
Dans certaines maisons de champagne et lors de dégustations professionnelles, on demande expressément aux invités de ne pas porter de parfum. Ce n’est pas une coquetterie : quelques gouttes suffisent à fausser la perception d’un vin.
Choisir le sien
On ne choisit pas un parfum sur une mouillette. On le teste sur sa propre peau, et l’on attend plusieurs heures avant de décider : un parfum se transforme au fil de la journée, des notes de tête aux notes de fond, et c’est souvent son évolution, plus que sa première impression, qui le rend unique. Les parfumeurs conseillent de ne pas en tester plus de trois à la fois, le nez se fatiguant vite.
La signature
Certaines personnes portent le même parfum toute leur vie, au point qu’il devient indissociable d’elles. D’autres en changent selon les saisons, plus frais l’été, plus boisé l’hiver. Les deux approches sont élégantes. Ce qui l’est moins, c’est de porter le parfum du moment, celui que tout le monde porte, au point de ne plus rien dire de soi.
Le parfum est une signature, pas une annonce.