Le crâne, le chien, le citron : les symboles cachés des tableaux
Dans la peinture ancienne, rien n’est là par hasard. Les objets parlent, et les spectateurs de l’époque savaient les lire. Petit lexique pour retrouver ce langage oublié.

Pour un spectateur du XVIIe siècle, un tableau était un texte. Un citron à moitié pelé, une bougie éteinte, un chien couché aux pieds d’un couple n’étaient pas des détails décoratifs : ils disaient quelque chose. Les peintres jouaient avec ce langage, les commanditaires le comprenaient, et les visiteurs y prenaient un plaisir de déchiffreurs.
Nous avons perdu ce vocabulaire. Il se retrouve pourtant en quelques clés, et il transforme la visite d’un musée en jeu de piste.
La vanité
C’est le genre le plus chargé de symboles. Une vanité est une nature morte qui rappelle la fragilité de la vie et l’inutilité des plaisirs terrestres. On y trouve presque toujours un crâne, souvent accompagné d’une bougie qui se consume ou vient de s’éteindre, d’un sablier, d’une montre, de fleurs qui fanent, de bulles de savon. Les instruments de musique, les livres, les bijoux et les pièces de monnaie rappellent, eux, les plaisirs et les savoirs qui ne survivront pas à la mort.
Les vanités ont connu un immense succès aux Pays-Bas au XVIIe siècle, dans une société protestante prospère qui aimait s’entourer de beaux objets tout en se rappelant qu’ils ne servaient à rien.
Petit lexique
| Objet | Ce qu’il signifie souvent |
|---|---|
| Le crâne, la bougie, le sablier | La fragilité de la vie |
| Le chien | La fidélité |
| Le citron à moitié pelé | Une belle apparence qui cache l’amertume |
| Le lys | La pureté, souvent associée à la Vierge |
| Le miroir | La vanité, ou la connaissance de soi |
| La bulle de savon | Le caractère éphémère de toute chose |
| Les fruits mûrs ou entamés | Les plaisirs, et leur déclin |
| La pomme | Le péché originel |
Ces significations ne sont jamais absolues. Un chien peut aussi être un simple signe de richesse, un citron une prouesse technique destinée à montrer le talent du peintre pour rendre la peau d’un fruit. C’est le contexte qui décide.
Un chien très célèbre
Dans les Époux Arnolfini de Jan van Eyck, peint en 1434 et conservé à la National Gallery de Londres, un petit chien se tient aux pieds du couple. On y lit généralement un symbole de fidélité. Le tableau est truffé d’autres indices : des chaussures abandonnées sur le sol, une seule bougie allumée dans le lustre, des oranges sur le rebord de la fenêtre, et surtout, au fond, un miroir convexe dans lequel on aperçoit deux personnages qui entrent dans la pièce. Au-dessus du miroir, le peintre a écrit en latin : « Jan van Eyck était ici. »
Au premier plan des Ambassadeurs de Hans Holbein, peint en 1533, flotte une étrange forme allongée. Vue de face, elle est illisible. Mais en se plaçant tout à droite du tableau, très près du mur, elle se redresse et révèle un crâne. Ce procédé s’appelle l’anamorphose. Au milieu des instruments de science et des symboles du pouvoir, la mort attendait.
Les saints et leurs attributs
Dans la peinture religieuse, les saints se reconnaissent grâce à un objet qui les accompagne, souvent lié à leur martyre. Saint Pierre tient des clés, sainte Catherine une roue, saint Sébastien est percé de flèches, saint Jérôme est accompagné d’un lion. Ce code permettait aux fidèles, qui souvent ne savaient pas lire, d’identifier immédiatement le personnage.
Comment s’entraîner
La prochaine fois que vous serez dans une salle de peinture flamande ou hollandaise, cherchez l’objet qui ne semble pas à sa place. Une coquille d’huître vide, un verre renversé, une horloge. C’est souvent lui qui donne la clé du tableau. Et c’est un excellent sujet de conversation avec la personne qui vous accompagne.
Les tableaux anciens ne se regardent pas seulement. Ils se lisent.