La bise, mode d’emploi
Deux, trois, quatre ? Joue droite ou joue gauche ? Le geste le plus banal de la vie française reste, pour les étrangers comme pour les Français eux-mêmes, une petite épreuve. Voici comment ne plus jamais hésiter.

Il suffit d’observer l’entrée d’un dîner parisien pour comprendre. Une invitée arrive, se penche vers la maîtresse de maison, puis vers le premier convive venu, et c’est là que tout se joue : un léger flottement, deux visages qui partent du même côté, un rire gêné. La bise est le geste le plus quotidien de la vie française, et pourtant personne ne nous l’a jamais vraiment expliquée.
C’est peut-être pour cela qu’elle fascine autant les étrangers. Les guides de voyage anglo-saxons lui consacrent des pages entières, les chaînes YouTube des tutoriels. Pour un Français, elle relève de l’instinct. Pour tous les autres, c’est un code qu’il faut apprendre, avec ses règles, ses variantes régionales et ses exceptions.
Qui embrasse-t-on ?
La bise se pratique entre amis, en famille, entre collègues qui se connaissent bien, et entre enfants et adultes de l’entourage. Elle ne se fait jamais lors d’une première rencontre professionnelle, ni avec une personne nettement plus âgée ou plus haut placée qui ne l’a pas proposée. Le premier rendez-vous avec un banquier, un notaire ou un futur employeur commence toujours par une poignée de main.
Entre ces deux pôles, il existe une vaste zone grise : les amis d’amis, les voisins, les parents d’élèves, les collègues d’un autre service. C’est là que naissent la plupart des hésitations. La règle la plus sûre tient en une phrase : on laisse l’autre décider. S’il tend la main, on serre la main. S’il s’approche, on fait la bise. Personne ne vous reprochera d’avoir suivi.
Combien de fois ?
C’est la question qui alimente les conversations de fin de dîner depuis des générations. À Paris et dans la plus grande partie du pays, on fait deux bises. Dans une partie du Sud, en Provence ou dans le Languedoc, on en fait volontiers trois. Certaines régions de l’Ouest et du Centre vont jusqu’à quatre. Il n’existe aucune carte officielle, et les usages varient parfois d’une ville à l’autre, voire d’une famille à l’autre.
| Où | Entre proches |
|---|---|
| Paris et la plupart de la France | Deux bises |
| Une partie du Sud | Trois, parfois quatre |
| Belgique | Souvent une seule |
| Suisse romande | Trois |
| Italie, Espagne | Deux |
| Royaume-Uni, Allemagne, pays nordiques | Poignée de main ou accolade |
Quand on est reçu ailleurs, on suit l’usage de ses hôtes. Un Parisien en vacances à Montpellier n’a rien à prouver : il laisse simplement le mouvement se poursuivre jusqu’à la troisième joue.
De quel côté commencer ?
Là encore, la tradition varie selon les régions, et c’est l’origine de presque tous les petits accidents. Le plus simple est de commencer par la joue droite de l’autre, c’est-à-dire en tournant légèrement la tête vers la gauche, et de rester attentif. Si la personne part dans l’autre sens, on la suit sans insister. L’élégance, ici, consiste à ne pas forcer.
Le geste lui-même
Une bise ne s’embrasse pas vraiment. Les joues se frôlent, les lèvres produisent un léger bruit dans le vide, et le contact dure à peine une seconde. On ne pose pas la main sur l’épaule de l’autre, ou alors à peine, et l’on évite soigneusement de laisser une trace de rouge à lèvres. Un parfum trop généreux devient, dans ces circonstances, une petite agression.
Un détail que l’on oublie souvent : on enlève ses lunettes de soleil, et l’on ne fait pas la bise avec un téléphone à l’oreille ni un verre plein à la main.
En 2020, la pandémie avait suspendu la bise pendant de longs mois. Beaucoup de Français ont découvert à cette occasion qu’on pouvait saluer chaleureusement sans s’embrasser, et certains milieux professionnels ne l’ont jamais vraiment reprise. Dans le doute, la poignée de main est redevenue une option parfaitement élégante.
Et avant tout, bonjour
Si la bise intimide, le « bonjour » est le véritable fondement de la politesse française. Entrer dans une boutique, une salle d’attente ou un ascenseur sans saluer est l’une des fautes les plus remarquées, et l’une des plus fréquentes chez les visiteurs étrangers. Un simple « Bonjour » adressé à la cantonade suffit, même si personne ne semble vous regarder.
La forme la plus élégante reste « Bonjour Madame » ou « Bonjour Monsieur », sans le nom de famille. Vers la fin de l’après-midi, on passe au « Bonsoir », et c’est un signe d’attention de faire la bascule au bon moment.
En France, on peut presque tout se faire pardonner, sauf d’avoir oublié de dire bonjour.
Retenez l’essentiel : on observe, on laisse l’autre décider, et l’on ne transforme jamais un salut en démonstration. La bise réussie est celle dont personne ne se souvient.