Le Mépris et la villa Malaparte, une maison de cinéma
Une maison rouge posée sur un rocher de Capri, un escalier qui monte vers le ciel, Brigitte Bardot sur le toit : en 1963, Godard filme l’une des maisons les plus extraordinaires du XXe siècle.

Sur la côte est de Capri, à la pointe Massullo, une maison semble avoir poussé à même le rocher. Ses murs sont rouge brique, son toit est une immense terrasse sans garde-corps, et on y accède par un escalier en forme de pyramide inversée qui monte vers le ciel. C’est la villa Malaparte, et elle doit une grande partie de sa célébrité à un film : Le Mépris, de Jean-Luc Godard.
La maison d’un écrivain
Elle a été construite à la fin des années 1930 et au début des années 1940 pour l’écrivain et journaliste italien Curzio Malaparte, auteur de Kaputt et de La Peau. Le projet initial est attribué à l’architecte Adalberto Libera, mais Malaparte, homme de caractère, aurait largement modifié les plans et dirigé lui-même les travaux avec des maçons locaux. La paternité exacte de la maison fait encore débat chez les historiens de l’architecture.
Malaparte la surnommait « la maison comme moi ». Austère, orgueilleuse, solitaire, tournée vers la mer : la description lui allait assez bien.
Le film
En 1963, Jean-Luc Godard adapte le roman d’Alberto Moravia, Il disprezzo. Un scénariste, joué par Michel Piccoli, est engagé par un producteur américain pour réécrire une adaptation de L’Odyssée que tourne le grand cinéaste Fritz Lang, qui joue son propre rôle. Pendant ce temps, sa femme, Camille, interprétée par Brigitte Bardot, cesse de l’aimer, sans qu’il comprenne pourquoi.
Toute la dernière partie du film se déroule à Capri, dans la villa Malaparte. Bardot y lit, allongée sur le toit-terrasse. Piccoli monte et descend le grand escalier. La mer, d’un bleu presque irréel, entoure tout. Les scènes sont devenues parmi les plus célèbres de la Nouvelle Vague.
La musique du Mépris, composée par Georges Delerue, est l’une des plus reconnaissables de l’histoire du cinéma. Son « Thème de Camille », quelques mesures de cordes répétées comme une plainte, a depuis été réutilisé dans de nombreux autres films, dont Casino de Martin Scorsese.
Un film sur le cinéma
Le Mépris est aussi un film sur la fabrication des films. On y voit un tournage, des rushes projetés dans une salle, un producteur qui méprise l’art, un vieux maître qui le défend, et une caméra qui, dès la première scène, se tourne vers le spectateur. Godard y règle ses comptes avec l’industrie, tout en signant son film le plus classique en apparence, en couleurs et en CinemaScope.
Visiter la villa ?
La villa Malaparte n’est pas ouverte au public. Elle appartient à une fondation, et elle est réservée à des événements culturels ou à des visiteurs invités. On peut cependant l’apercevoir depuis le sentier qui longe la côte au départ du belvédère de Tragara, ou depuis la mer, en bateau, lors d’un tour de l’île. C’est sans doute la meilleure façon de la voir : comme dans le film, posée seule face à la Méditerranée.
Certaines maisons sont des décors. Celle-ci est un personnage.