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Le baisemain, histoire et règles d’un geste rare

On le croit désuet, il fascine toujours. Les lèvres ne touchent jamais la main, il ne se pratique pas dans la rue, et il ne s’improvise pas : voici ce qu’il faut savoir avant de s’y risquer.

29/08/2026 3 min de lecture
Le baisemain, histoire et règles d’un geste rare

Il suffit d’un baisemain dans un film en costumes pour que la salle retienne son souffle. Le geste paraît venu d’un autre siècle, et c’est le cas. Il survit pourtant, dans quelques salons, dans certaines familles, dans les cours européennes et lors des grandes occasions. Mal exécuté, il paraît théâtral. Bien fait, il reste l’un des gestes les plus élégants qui soient.

D’où vient-il ?

Le baisemain est l’héritier d’une longue tradition de gestes de déférence. Au Moyen Âge, on baisait la main du suzerain ou l’anneau de l’évêque pour marquer sa loyauté. Le geste s’est peu à peu détaché de la féodalité pour devenir, à partir du XVIIe et surtout du XVIIIe siècle, une marque de galanterie adressée aux femmes de la bonne société. Il a connu son âge d’or dans les cours européennes du XIXe siècle, de Vienne à Saint-Pétersbourg, et s’est maintenu plus longtemps en Europe centrale, en Pologne ou en Autriche, que dans le reste du continent.

Les règles

Le baisemain obéit à quelques règles précises, que les connaisseurs remarquent immédiatement quand elles ne sont pas respectées.

  • Les lèvres ne touchent pas la main. L’homme s’incline et esquisse le geste à quelques centimètres. Un baiser réel serait une familiarité.
  • C’est la femme qui tend la main. On ne saisit jamais d’autorité une main qui ne vous a pas été offerte.
  • On ne le pratique qu’à l’intérieur. Jamais dans la rue, dans une gare ou dans un lieu public.
  • On s’incline vers la main, on ne la lève pas jusqu’à soi. Le dos se penche légèrement, la main de la femme reste à sa hauteur naturelle.
  • On ne le fait pas à une main gantée, sauf usages particuliers de certaines cours.

Traditionnellement, le baisemain s’adressait aux femmes mariées, et non aux jeunes filles. Cette distinction n’a plus beaucoup de sens aujourd’hui, mais elle rappelle l’essentiel : le geste suppose une certaine solennité.

Faut-il encore le faire ?

La réponse honnête est : rarement. Le baisemain se réserve aux personnes qui le pratiquent elles-mêmes, dans les milieux où il est naturel, et aux occasions qui s’y prêtent. Lancé à une collègue lors d’un pot de départ, il paraîtra au mieux comique, au pire déplacé. Offert avec naturel à une grand-mère qui en a l’habitude, lors d’un mariage, il est charmant.

Dans les familles où l’usage s’est maintenu, on apprend aux jeunes garçons à faire le baisemain à leur grand-mère avant même de savoir nouer une cravate. C’est souvent la seule occasion de leur vie où ils le pratiqueront, et ils s’en souviennent toujours.

Et si l’on vous tend la main ?

Il arrive, dans certains milieux, qu’une femme tende la main d’une façon qui appelle un baisemain plutôt qu’une poignée de main : la main présentée paume vers le bas, un peu plus haut que pour une poignée. Si vous ne pratiquez pas le geste, une poignée de main douce et brève est parfaitement correcte. Si vous le pratiquez, c’est le moment. Dans tous les cas, on ne fait pas de commentaire.

Le baisemain réussi est celui qui ne surprend personne.

Comme beaucoup d’usages anciens, il n’a de sens que s’il est offert, et non imposé. C’est peut-être la meilleure définition du savoir-vivre : un geste qui met l’autre à l’aise.