Journal · Élégance

Plein Soleil, la leçon de style d’Alain Delon

En 1960, un acteur de vingt-quatre ans incarne un imposteur qui vole la vie d’un héritier. Plus de soixante ans plus tard, ses chemises blanches et son aisance sur un voilier restent la plus belle leçon d’élégance estivale du cinéma.

26/09/2026 3 min de lecture
Plein Soleil, la leçon de style d’Alain Delon

Le film commence par une terrasse à Rome, deux jeunes Américains désœuvrés, une bouteille de vin et la lumière blanche de l’été italien. Nous sommes en 1960, René Clément adapte Monsieur Ripley de Patricia Highsmith, et il a confié le rôle principal à un acteur de vingt-quatre ans encore peu connu : Alain Delon. Plein Soleil fera de lui une star, et de son allure une référence pour des générations d’hommes.

L’imposteur parfait

Tom Ripley est un jeune homme sans fortune envoyé en Italie pour ramener à San Francisco Philippe Greenleaf, fils de famille qui dilapide l’argent paternel entre Rome et la côte. Ripley envie tout de lui : son argent, sa fiancée, son bateau, et surtout son aisance. Tout le film repose sur une idée troublante : en imitant les gestes, la tenue et les manières d’un héritier, on peut finir par passer pour lui.

C’est aussi ce qui rend ce film si précieux pour qui s’intéresse au style. Il montre, scène après scène, que l’élégance n’est pas une question de vêtements chers, mais de manière de les porter.

La chemise blanche

Le vestiaire de Delon dans Plein Soleil tient en très peu de pièces. Des chemises en coton léger, souvent blanches ou bleu pâle, portées col ouvert, manches retroussées jusqu’au coude. Des pantalons clairs à pinces, en lin ou en coton. Une veste légère pour les soirs en ville, que l’on porte sans cravate. Des chaussures bateau ou des mocassins, pieds nus. Rien de plus.

Ce qui frappe, c’est la justesse des proportions : des chemises bien coupées, ni trop amples ni trop ajustées, des pantalons à la bonne longueur, une ceinture fine. Et l’on retient surtout la façon dont tout semble porté depuis des années, légèrement froissé, jamais apprêté.

Le roman de Patricia Highsmith a été adapté à nouveau en 1999 par Anthony Minghella, sous le titre Le Talentueux Mr. Ripley, avec Matt Damon et Jude Law. Le film a relancé, à son tour, toute une esthétique de l’Italie des années 1950 : polos en maille, mocassins, lunettes de soleil et Vespa.

Sur le voilier

Les scènes en mer, les plus célèbres, se jouent presque en maillot et en chemise ouverte. C’est là que le film devient une véritable leçon : la peau hâlée, une chemise en lin ouverte, un short simple, et une aisance absolue dans les gestes. L’élégance d’été n’a rien à voir avec l’accumulation, elle tient à la simplicité et à la qualité de quelques pièces.

Ce que l’on peut en retenir

  • Peu de couleurs : du blanc, du bleu clair, du beige, du marine.
  • Des matières naturelles : coton, lin, laine légère.
  • Des vêtements bien coupés plutôt que des vêtements remarquables.
  • Le froissé assumé du lin, jamais le négligé.
  • Une seule pièce forte à la fois : une montre, des lunettes, une ceinture.

Pourquoi ce style traverse le temps

Parce qu’il ne cherche pas à être à la mode. Les vêtements de Plein Soleil sont les mêmes que ceux qu’un homme élégant pourrait porter aujourd’hui sur la côte amalfitaine ou à Saint-Tropez. Ils ne datent pas, parce qu’ils ne sont qu’une version très soignée de l’essentiel.

Le vrai luxe, à l’écran comme ailleurs, ne se montre jamais. Il se devine.

Revoyez le film l’été prochain, de préférence un soir de chaleur. Vous n’y apprendrez pas seulement à vous habiller. Vous y verrez comment l’aisance, plus que n’importe quel vêtement, fait le style.