Les secrets du carré Hermès
Quatre-vingt-dix centimètres de côté, une soie imprimée à Lyon, des bords roulottés à la main : depuis 1937, le carré est devenu bien plus qu’un foulard. Histoire d’un objet culte.

Il tient dans une poche, il se noue de cent façons, et certaines femmes en possèdent des dizaines sans jamais en avoir porté deux de la même manière. Le carré Hermès est l’un de ces rares objets de mode qui ont traversé presque un siècle sans prendre une ride, au point d’être devenu un sujet d’étude pour les collectionneurs.
Une naissance en 1937
À l’origine, Hermès est une maison de sellerie, fondée en 1837 à Paris par Thierry Hermès pour fabriquer des harnais destinés aux attelages. C’est cent ans plus tard, en 1937, que la maison lance son premier carré de soie. Son motif, intitulé Jeu des omnibus et dames blanches, s’inspire d’un jeu de société du XIXe siècle. Le format, lui, est déjà fixé : quatre-vingt-dix centimètres de côté.
Ce format n’a pratiquement pas changé depuis. Il est assez grand pour être porté en écharpe ou en étole, assez petit pour se nouer autour du cou, sur la tête ou à l’anse d’un sac.
Comment on le fabrique
C’est là que réside une partie de son mystère. Le carré naît d’un dessin original, confié à un artiste, puis gravé couleur par couleur : chaque teinte du motif nécessite son propre écran. Les carrés les plus complexes comptent plusieurs dizaines de couleurs, et donc autant de passages. L’impression se fait dans la région lyonnaise, berceau historique de la soie française.
Viennent ensuite les finitions, peut-être le détail le plus apprécié des connaisseurs : les bords sont roulottés et cousus à la main, vers l’endroit du carré. Ce petit bourrelet arrondi est l’une des façons les plus sûres de reconnaître un authentique carré de la maison.
La reine Elizabeth II portait souvent un carré Hermès noué sous le menton lors de ses séjours à la campagne, notamment à Balmoral. L’image a beaucoup fait pour faire du carré un symbole d’élégance aristocratique décontractée, celle des week-ends à cheval et des promenades dans la lande.
Des milliers de motifs
Depuis 1937, la maison a créé des centaines de dessins, et elle en édite de nouveaux chaque saison. Les thèmes sont souvent liés à l’univers équestre d’origine de la maison, mais pas seulement : la mer, la botanique, les voyages, l’héraldique, l’histoire, les animaux. Certains motifs anciens sont régulièrement réédités dans de nouveaux coloris, d’autres sont devenus introuvables et s’arrachent sur le marché de l’occasion.
Cent façons de le porter
La maison elle-même a publié des guides illustrés pour apprendre à nouer ses carrés. Parmi les façons les plus classiques :
- Plié en triangle et noué sous le menton, à l’anglaise.
- Roulé en bandeau dans les cheveux.
- Noué autour du cou en petit nœud, sur un chemisier.
- Porté sur les épaules, comme une étole légère.
- Attaché à l’anse d’un sac, en touche de couleur.
Le reconnaître
Un vrai carré se reconnaît à la souplesse et au poids de sa soie, à la netteté de l’impression, au roulotté cousu à la main, à la signature de l’artiste souvent glissée dans le dessin, et à la mention de la maison dans un coin. Les contrefaçons sont nombreuses : si le prix paraît trop beau, il l’est.
On ne porte pas un carré. On le choisit, puis on apprend à le nouer.