Le Ritz Paris, un siècle de légendes
Ouvert en 1898 place Vendôme par un hôtelier suisse et un chef de génie, le Ritz a accueilli Proust, Chanel et Hemingway. Histoire d’un hôtel devenu un nom commun.

En anglais, on dit d’une chose luxueuse qu’elle est ritzy. En français, on parle d’un repas « à la Ritz ». Peu d’hôtels ont donné leur nom à une langue. Celui de la place Vendôme l’a fait, et ce n’est pas un hasard : depuis plus d’un siècle, il est l’un des symboles les plus reconnus du luxe à la française.
Un hôtelier et un chef
César Ritz est né en Suisse, dans une famille modeste du Valais. Il a commencé comme apprenti, puis gravi tous les échelons de l’hôtellerie, jusqu’à diriger certains des plus grands établissements d’Europe, dont le Savoy à Londres. À ses côtés travaille un chef qui va révolutionner la cuisine : Auguste Escoffier.
En 1898, les deux hommes ouvrent leur propre hôtel dans un hôtel particulier de la place Vendôme, à Paris. Ritz y applique ses idées, alors révolutionnaires : une salle de bains dans de nombreuses chambres, l’éclairage électrique, un service discret et irréprochable, et une décoration qui donne au client le sentiment d’être reçu dans une demeure privée plutôt que dans un hôtel.
Les habitués
Marcel Proust y dîne souvent, tard le soir, et y observe la société qui peuplera À la recherche du temps perdu. Pendant l’entre-deux-guerres, le Ritz devient le rendez-vous de l’aristocratie européenne, des écrivains américains et des grands couturiers.
Gabrielle Chanel s’y installe à la fin des années 1930 et y vit pendant plus de trente ans, dans une suite donnant sur la place Vendôme, à deux pas de sa maison de la rue Cambon. Elle y meurt en 1971. Une suite porte aujourd’hui son nom.
Ernest Hemingway, client fidèle, racontait être entré au Ritz en août 1944, à la Libération de Paris, pour « libérer » le bar. Il s’agit sans doute en partie d’une légende qu’il a lui-même entretenue. Le bar porte pourtant aujourd’hui son nom, et c’est l’un des plus célèbres au monde.
Une renaissance
En 2012, le Ritz ferme ses portes pour des travaux d’une ampleur inédite. Ils dureront près de quatre ans. L’hôtel rouvre en 2016, entièrement rénové, mais fidèle à son esprit : boiseries, dorures, salons Louis XV, jardin intérieur. Les habitués y retrouvent le bar Hemingway, la galerie qui traverse l’hôtel de la place Vendôme à la rue Cambon, et l’école de cuisine qui porte le nom d’Escoffier.
Y aller sans y dormir
On n’a pas besoin d’y réserver une chambre pour découvrir le Ritz. On peut y prendre le thé dans le salon, un cocktail au bar Hemingway ou au Ritz Bar, ou suivre un cours à l’école Ritz Escoffier. Une tenue soignée est de rigueur, et l’on réserve, en particulier pour le bar Hemingway, petit et très prisé.
Un grand hôtel n’est pas un lieu où l’on dort. C’est un lieu où l’on se souvient.