Journal · Art de vivre

L’Orient-Express, le palace sur rails

Un rêve d’ingénieur belge, une ligne entre Paris et Constantinople, un roman d’Agatha Christie et des voitures Art déco restaurées : l’histoire du train le plus célèbre du monde.

23/08/2026 3 min de lecture
L’Orient-Express, le palace sur rails

Il y a des trains qui transportent des voyageurs, et il y en a un qui transporte des légendes. Depuis la fin du XIXe siècle, le nom d’Orient-Express évoque les boiseries marquetées, les dîners en tenue de soirée, les intrigues diplomatiques et les nuits à travers l’Europe. Peu de trains ont autant nourri l’imaginaire collectif.

Le rêve d’un ingénieur

Tout commence avec Georges Nagelmackers, un ingénieur belge qui découvre les voitures-lits lors d’un voyage aux États-Unis. Il rêve d’un train capable de traverser l’Europe dans le confort d’un grand hôtel, avec des voitures-lits, une voiture-restaurant et un service irréprochable. En 1876, il fonde la Compagnie internationale des wagons-lits.

En 1883, le premier Orient-Express quitte Paris en direction de Constantinople, l’actuelle Istanbul. Le trajet n’est pas encore entièrement ferroviaire : il faut terminer en ferry et par un autre train. Quelques années plus tard, la ligne directe est achevée, et le voyage se fait d’une traite, en quelques jours.

L’âge d’or

Pendant l’entre-deux-guerres, l’Orient-Express et les trains de luxe de la compagnie vivent leur âge d’or. Les voitures sont décorées par les meilleurs artisans de l’époque : marqueteries, verreries, tissus. Le verrier René Lalique crée des panneaux de verre moulé pour certaines voitures. Diplomates, aristocrates, écrivains, hommes d’affaires et aventuriers se croisent dans les couloirs, et le train devient un décor romanesque idéal.

En 1934, Agatha Christie publie Le Crime de l’Orient-Express, qui fait du train le décor de l’une des plus célèbres enquêtes d’Hercule Poirot. La romancière connaissait bien la ligne : elle l’avait empruntée pour se rendre en Orient, où elle accompagnait son mari archéologue.

Le déclin, puis la renaissance

Après la Seconde Guerre mondiale, l’avion et les nouveaux trains rapides font décliner les grands express de luxe. Les services se dégradent, les voitures historiques sont vendues, et le dernier Orient-Express direct vers Istanbul circule en 1977. Certaines voitures sont alors dispersées dans des ventes aux enchères.

C’est un homme d’affaires américain, James Sherwood, qui en rachète une partie aux enchères et les fait restaurer. En 1982, il lance le Venice Simplon-Orient-Express, un train de luxe qui relie Londres, Paris et Venise dans des voitures d’origine, restaurées dans l’esprit des années 1920 et 1930.

Aujourd’hui

Le train historique circule toujours, principalement entre Paris et Venise, et quelques fois par an vers d’autres destinations. On y dîne en tenue de soirée, on dort dans des cabines aux boiseries anciennes, et l’on regarde défiler les Alpes depuis la voiture-bar, au son du piano. De son côté, le nom Orient Express a été relancé ces dernières années par le groupe Accor, avec de nouveaux projets de trains, d’hôtels et même un voilier de croisière, imaginés par l’architecte et designer Maxime d’Angeac.

Les usages à bord

  • Le dîner se prend en tenue de soirée, le plus souvent en smoking ou en costume sombre.
  • On réserve longtemps à l’avance, surtout pour les dates de printemps et d’automne.
  • Les cabines historiques sont petites : on voyage avec peu de bagages.
  • La voiture-bar est le cœur social du train, on y fait connaissance.
On ne prend pas l’Orient-Express pour arriver. On le prend pour voyager.