Le trench-coat, des tranchées à Paris
Né pour les officiers de la Grande Guerre, adopté par Bogart, Audrey Hepburn et des générations de Parisiennes : l’histoire du manteau le plus intemporel du vestiaire.

Il suffit d’un ciel gris d’octobre sur les quais de Seine pour que les trench-coats sortent des armoires. Beige, ceinturé, col relevé, il est sans doute le vêtement le plus universel du vestiaire, porté indifféremment par les hommes et les femmes, avec un costume ou un jean. Il a pourtant une origine militaire très précise, qui explique la plupart de ses détails.
Une étoffe d’abord
L’histoire commence avec un tissu. À la fin du XIXe siècle, en Angleterre, Thomas Burberry met au point la gabardine, une étoffe de coton tissée serré et traitée pour résister à la pluie tout en restant respirante. Elle équipe d’abord les explorateurs, les chasseurs et les officiers. La maison Aquascutum, à Londres, revendique elle aussi une place dans l’invention du manteau imperméable de l’armée britannique, et les deux maisons se disputent encore la paternité de l’objet.
Dans les tranchées
C’est pendant la Première Guerre mondiale que le manteau prend son nom. Les officiers britanniques le portent dans les tranchées, d’où le mot trench. Il est plus léger et plus pratique que les lourds manteaux de laine des soldats, et chacun de ses détails répond à un usage.
- Les pattes d’épaule servaient à fixer les insignes de grade.
- La ceinture et ses anneaux métalliques permettaient d’accrocher du matériel.
- Le rabat sur l’épaule protégeait de la pluie qui coulait le long du fusil.
- Le col se relevait et se fermait contre le vent.
- La fente dans le dos facilitait les mouvements, à cheval comme à pied.
Ces détails n’ont plus d’utilité pratique aujourd’hui, et c’est pourtant leur présence qui distingue un vrai trench d’un simple imperméable.
Hollywood s’en empare
Après la guerre, les officiers démobilisés gardent leur manteau, et le trench entre dans la vie civile. Le cinéma fait le reste. Humphrey Bogart le porte dans la scène finale de Casablanca, en 1942, sur la piste d’un aéroport noyé de brume, et il devient l’uniforme des détectives, des espions et des héros fatigués du film noir.
Dans Diamants sur canapé, en 1961, Audrey Hepburn court sous la pluie new-yorkaise en trench-coat pour retrouver son chat. La scène a fait du manteau un classique du vestiaire féminin, porté sur une robe noire avec la même aisance que sur un pantalon.
Paris l’adopte
La Parisienne en a fait une seconde peau, porté ouvert sur une marinière, ceinture nouée dans le dos plutôt que bouclée, manches légèrement retroussées. C’est peut-être là le secret de son succès : il se porte rarement comme il a été conçu, et c’est justement cette nonchalance qui le rend élégant.
Bien le choisir
- La couleur classique reste le beige, que les Anglais appellent honey. Le marine et le noir sont plus urbains.
- Il doit tomber au genou, ou légèrement au-dessus.
- Les épaules doivent permettre de porter une veste dessous.
- La gabardine de coton tissée serré vieillit mieux que les tissus synthétiques.
Un bon trench se porte vingt ans. Les meilleurs se transmettent.