La Nouvelle Vague, expliquée simplement
À la fin des années 1950, une bande de jeunes critiques décide que le cinéma français est trop sage. Ils prennent la caméra, descendent dans la rue, et inventent une manière de filmer qui inspire encore les cinéastes du monde entier.

Paris, 1959. Un adolescent de quatorze ans fugue, vole une machine à écrire, se retrouve dans un centre pour mineurs, s’échappe et court jusqu’à la mer. Le film s’arrête sur son visage, figé, face caméra. Il s’intitule Les Quatre Cents Coups, il est réalisé par un critique de vingt-sept ans, François Truffaut, et il reçoit le prix de la mise en scène au Festival de Cannes. La Nouvelle Vague vient de naître.
Des critiques devenus cinéastes
Avant de réaliser des films, ils les ont regardés, des milliers, à la Cinémathèque française d’Henri Langlois, et ils en ont parlé. Ils s’appellent François Truffaut, Jean-Luc Godard, Claude Chabrol, Éric Rohmer, Jacques Rivette, et ils écrivent dans une revue fondée en 1951, les Cahiers du cinéma. Ils y attaquent sans ménagement ce qu’ils appellent le « cinéma de qualité française » : des films bien faits, bien éclairés, bien écrits, tournés en studio, et selon eux sans âme.
Leur grande idée tient en une formule, la « politique des auteurs ». Un film n’appartient pas à son scénariste ni à son producteur, il appartient à son réalisateur, comme un roman appartient à son écrivain. Ils défendent ainsi des cinéastes hollywoodiens que la critique de l’époque méprisait, comme Alfred Hitchcock ou Howard Hawks, et les élèvent au rang d’artistes.
Les films à connaître
- Le Beau Serge, de Claude Chabrol (1958), souvent cité comme le premier film du mouvement.
- Les Quatre Cents Coups, de François Truffaut (1959).
- À bout de souffle, de Jean-Luc Godard (1960), avec Jean-Paul Belmondo et Jean Seberg.
- Cléo de 5 à 7, d’Agnès Varda (1962), une fin d’après-midi dans Paris filmée presque en temps réel.
- Jules et Jim, de François Truffaut (1962), avec Jeanne Moreau.
- Le Mépris, de Jean-Luc Godard (1963), avec Brigitte Bardot et Michel Piccoli.
Comment la reconnaître
Les films de la Nouvelle Vague ont souvent été tournés avec peu d’argent, et cette contrainte est devenue un style. On tourne dans la rue, dans des appartements réels, à la lumière naturelle. La caméra est légère, souvent portée à l’épaule, et suit les acteurs dans leurs déplacements. Les dialogues semblent improvisés, les acteurs regardent parfois la caméra, et le montage ose ce que le cinéma classique s’interdisait.
Les fameux faux raccords d’À bout de souffle, ces coupes brusques au milieu d’un plan qui font sauter l’image, seraient nés d’une contrainte : le film était trop long, et Godard a choisi de couper à l’intérieur des scènes plutôt que de supprimer des scènes entières. Le procédé est devenu une signature, imitée jusque dans les clips et les publicités d’aujourd’hui.
Paris, personnage principal
La Nouvelle Vague a filmé Paris comme personne avant elle. Les Champs-Élysées dans À bout de souffle, la rive gauche et le parc Montsouris dans Cléo de 5 à 7, les immeubles de Pigalle dans Les Quatre Cents Coups. Ces films sont aussi, soixante ans plus tard, un précieux document sur une ville qui a beaucoup changé.
Son héritage
Martin Scorsese, Quentin Tarantino, Wes Anderson, Noah Baumbach : la liste des cinéastes qui revendiquent l’influence de la Nouvelle Vague est longue. Tarantino a même nommé sa société de production en hommage à un film de Godard, Bande à part. Le mouvement n’a duré, dans sa forme la plus pure, que quelques années. Mais il a durablement changé la façon de faire et de regarder des films.
La Nouvelle Vague a prouvé qu’on pouvait faire un grand film avec une caméra, une rue et une idée.
Par quoi commencer : Les Quatre Cents Coups, pour l’émotion, puis À bout de souffle, pour l’audace.